« Belle du seigneur » d’Albert Cohen

Je n’avais pas trop envie d’écrire ces temps-ci, car pour écrire il faut de l’énergie, et j’en perds pas mal en ce moment. Elle part avec mes illusions de jeune naïve, et il faudra à quelqu’un beaucoup d’actes et de preuves pour m’y faire croire à nouveau. Cette petite introduction peut paraître hors sujet puisque cet article concerne un GROS ^^ livre que j’ai lu, mais elle peut permettre aussi de comprendre la façon dont j’ai abordé ce livre.

Il m’a semblé être en premier lieu une vision très pessimiste de l’amour, renforçant mes idées noires… En 4e de couverture on lit : « un chef d’oeuvre de la littérature amoureuse ». Pourtant à l’exaltation première des amoureux, Ariane et Solal, succède l’enlisement de leur amour et leur destruction progressive et mutuelle. C’est une oeuvre car l’écriture est singulière est en même temps agréable, parce que la psychologie et les pensées des personnages sont sur le devant de la scène et merveilleusement ressenties. Parce que l’humain est montré dans ses plus bas travers. Mais je crois que de dire « chef d’oeuvre de la littérature amoureuse » laisserait à penser que c’est ça l’amour. Les personnages d’un chef d’oeuvre ne peuvent qu’être admirés. Ils représentent l’amour absolu, qui peut faire rêver. Je crois que celui qui a écrit « chef d’oeuvre de la littérature amoureuse » en 4e de couverture n’a pas bien choisi ces mots. En effet l’auteur, Albert Cohen s’attache à mon sens à montrer tout le long du livre que « l’amour absolu » (qu’on retrouve dans « Romeo and Juliet » également) n’est pas de l’amour ! D’après moi, l’amour est là pour la vie, pour être heureux de vivre. Lorsqu’il intervient dans la destruction, lentement mais sûrement, morale et physique, de deux êtres, c’est qu’il est pathologique… Et c’est cela que le livre décrit.

Le projecteur devrait être plus souvent dirigé vers les amours simples mais durables, cachés mais profonds. Ceux qui demandent plus d’humilité. Celui de mes grands-parents et non celui de Roméo et Juliette. Dans le livre les deux personnages jouent constamment, sont toujours faux, veulent se montrer uniquement sous leur meilleur jour. Ils tendent vers un idéal, « l’amour absolu ». La destruction ne viendrait t’elle pas de cet idéal inatteignable, rattrapé par la réalité ?… J’ai peur de me lancer dans des interprétations psychologiques de cet amour pathologique que l’on appelle passion, n’étant pas assez expérimentée, mais je dirais pour faire simple que le manque de confiance en soi des amoureux les amènent à créer un idéal de l’autre trop important, qui les ronge. Hé hé, là tout le monde se dit elle est folle, espérons que certains me lisent et me comprennent (et débattent ?…).

C’est ce genre de passion dans les mots que l’on retrouve pourtant dans de nombreuses chansons, dans de nombreux livres aussi sans doute mais ma culture n’est pas assez étendue pour en être certaine ^^. C’est le type de relation qui nous est matraquée, donnée en modèle sans arrêt. Pour moi maintenant, l’amour est plus mesuré, plus insidieux qu’évident, et ne doit pas mener à la destruction.

Pour résumer :
– c’est un livre sur la passion (pathologique) et non sur l’amour – bien que la nuance soit ténue
– c’est un livre qui m’a parlé au niveau personnel
– c’est un chef d’oeuvre au niveau de l’écriture, de la façon dont il est ajencé…
– mais le sujet traité ne doit pas être pris pour modèle dans nos propres relations

Phrase du livre qui me correspond malheureusement (Solal parlant d’Ariane !) :
« Chérie, loyale, crédule, destinée à être trompée »

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9 Commentaires

  1. Titln

     /  mars 11, 2008

    Très très beau résumé, les mots que t’as choisi sont profonds… j’ai pas lu le livre mais ça donne envie… et je suis pas d’accord avec l’amour pathologique… l’amour est par nature pathologique, fou, absolu… en tout cas le vrai amour est tout à la fois et l’amour pathologique n’en est pas qu’un aspect… enfin je ne crois pas !! quand on aime vraiment on se donne à fond, on épouse l’autre dans tous les sens du terme, on vit à travers l’autre… et quand un amour détruit ça veut dire qu’on donne trop par rapport à ce qu’on reçoit… mais ça fait partie de l’amour !!! un amour ne peut pas être simple… en tout cas pas pour moi… sinon ça tend trop vers de la tendresse ou de l’amitié, mais pas vers du vrai amour…

  2. Sauf qu’il ne faut pas rester dans cet idéal de l’autre, il faut au bout d’un moment évoluer vers un amour vrai, ou l’on accepte les défauts de l’autre et ses chaussettes qui trainent… Vivre à travers l’autre est forcément destructeur. D’après moi l’amour est une mise en commun d’un certain nombre de choses, pas un oubli total de soi-même, car pour pouvoir aimer vraiment l’autre il faut d’abord s’aimer soi…

  3. Titln

     /  mars 12, 2008

    Encore pas trop d’accord.. lol !! c’est la fonction ou plutot la consequence même de l’amour qui fait que l’on idéalise l’autre; d’ailleurs on dit bien que l’amour rend aveugle !! on veut tout pour celui qu’on aime, et l’amour extrême peut même conduire à s’effacer et à permettre à l’autre d’être heureux sans nous.
    et puis vivre à travers l’autre ne veut pas forcèment dire qu’on s’oublie pour autant. on se nourrit de l’autre et l’autre se nourrit de nous (d’où les âmes soeurs et les deux moitiés qui vivent l’une pour l’autre et qui ensemble forment un tout). quand la relation est équilibrée alors l’amour est parfait et idéal. le problème c’est que c’est dur à trouver, et que souvent on retient plus les défauts que les bienfaits que l’autre nous renvoie.
    bref long débat.. je suis une romantique et une idéaliste, m’enfin tout le monde le sait déjà… !!!

  4. Marion

     /  mars 17, 2008

    Amour absolu? Le livre montre qu’un amour absolu est impossible dans le monde réel. Et on a tendance à confondre amour absolu et idéal, ce qui conduit, comme dans le bouquin, à une impossibilité si on essaie de le réaliser. L’amour c’est d’abord une relation entre deux personnes et je vois mal comment un amour extrême pourrait te « conduire à s’effacer et à permettre à l’autre d’être heureux sans nous ». ça c’est dans les films… Parce que comment être heureux si tu aimes quelqu’un, qu’il t’aime et que tu décides de le laisser partir? Une vie de regrets…
    Bref un amour absolu, qui est entièrement tourné sur lui même et qui vit en autarcie est destructeur dans la tentative que l’on peut avoir pour le réaliser, car cela n’existe pas et la déception est mortelle. Si tu lis le livre, LN, tu comprendras exactement ce que je veux dire.

  5. Titln

     /  mars 17, 2008

    Si bien sur que l’on peut s’effacer et permettre à l’autre d’être heureux sans nous, mais dans ce cas il est clair qu’on se condamne soit même!!! on peut se sacrifier par amour et vivre toujours avec le regret, mais c’est seulement dans le pire des cas bien sûr !!!

  6. Marion

     /  mars 25, 2008

    Mais puisque l’amour est une relation à 2, si tu laisses partir l’autre ce n’est plus de l’amour. Car pourquoi se séparer s’il n’y a pas un problème dans la relation? Les obstacles matériels n’en sont pas aux yeux de l’amour; l’amour, s’il est réalisé, apporte du bonheur donc comment permettre à l’autre d’être heureux sans toi s’il t’aimait? Il sera forcément malheureux…

  7. Je suis d’accord avec Titln dans le sens où retenir l’autre ne serait pas de l’amour si ce dernier veut partir. Mais je suis surtout d’accord avec Marion dans le sens où on ne peut plus aimer l’autre s’il n’est pas avec soi, dans ce cas l’amour est une caractéristique propre à soi-même, des émotions, des sentiments que l’on ressent, mais qui ne concerne plus l’autre ! L’autre n’est participant de l’amour que s’il est là et qu’il partage quelque chose avec toi… Sinon c’est une idéalisation, ce sont tes propres rêves, ce que tu t’imagines de l’autre, ce qu’il veut bien te montrer… Mais l’amour n’existe qu’à l’épreuve de la réalité concrete.

    J’ai également relu tes propos précédents Titln, et ce que tu décris est une envie de retourner à un état que tu ne retrouveras jamais : l’état de foetus où tu ne faisais qu’un avec ta mère. C’est un moment où la vie ne nous « agressait pas » encore, blottis dans notre petit cocon, mais c’est aussi le seul moment où l’on a le droit de croire qu’on est confondu à l’autre. Dans la vie réelle ce que tu apprends depuis petite c’est que tu es distincte des autres… Si tu ne l’as pas appris, cela peut conduire à la pathologie puisque c’est le cas des psychotiques. Alors oui l’amour est une mise en commun de beaucoup de choses, et on parle parfois de l’autre comme de sa « moitié », mais ce que tu décris c’est TROP. On ne peut pas vivre dans le « trop », car la vie n’est pas idéale, c’est son principe même. Tu en as besoin certainement maintenant, c’est pour ça que mes paroles n’auront pas d’effet sans doute, comme celles qu’on m’a dites à une certaine période ne m’ont pas raisonnée. Mais les amis ne sont pas là pour toujours nous dire ce qu’on a envie d’entendre…

  8. Titln

     /  mars 30, 2008

    plus la discussion avance et plus on se rend compte à quel point nos points de vue sont conditionnés par ce que l’on vit chacune ou ce que l’on a vécu… ma situation perso m’oblige c’est vrai à idéaliser, et à me raccrocher à des « souvenirs », des mots, des instants brefs de partage, du fait de l’absence de « l’autre » à mes côtés… je suis consciente de ça, mais la solitude parfois, et le manque cruel de l’autre, me fait très bien revenir sur terre…
    mais pour revenir à ce que t’as dis Marion, je crois vraiment qu’on peut se sacrifier par amour… quand par exemple on doit faire face à la distance, qui est une forme d’obstacle matériel, on ne peut pas dire que ça n’a aucune influence… bien sûr ça ne nous empêche pas d’aimer l’autre, ça ne change rien aux sentiments, mais suffit-il d’aimer ??? quand l’absence de l’autre est une torture au quotidien, quand le mental ne suit plus, que le besoin de l’autre auprès de soi devient ingérable, et quand les deux souffrent de ce manque, n’est-ce pas légitime de tout remettre en question ??? quand on voit que notre situation perso et nos obligations perso, même involontaires, minent l’autre de l’intérieur, et qu’on le voit souffrir comme nous, n’est-ce pas légitime ??? bien sûr comme tu le dis Marion, l’amour réalisé apporte du bonheur, mais dans un cas « à distance », où l’amour est à demi réalisé, on accède qu’à un demi-bonheur !!!! alors humainement, on se dit serait-ce pas mieux d’arrêter ? parce que l’homme est lâche, il déteste souffrir. l’amour fait souffrir !!! c’est une affirmation !!! il peut faire souffrir de milliers de façons… mais comme on aime malgré tout, on repousse l’échéance, on se donne des raisons, on se dit que ça va passer, jusqu’au jour où se le dire ne suffit plus, et où il devient indispensable de se libérer de l’autre et de libérer l’autre de soi… bien sur ça conduit au malheur, mais on fait alors confiance au temps pour refermer un peu la blessure, même si je suis certaine qu’un amour ne s’éteind jamais, on peut le refouler en se torturant soi-même, on peut l’enfouir en nous, mais il ne disparait jamais…
    je crois qu’on arrivera pas à se mettre d’accord, nos situations à toutes les 3 sont trop différentes et l’amour qu’on a vécu l’est aussi complétement !!! à chacune sa quête de l’amour, à chacune ses rêves, à chacune sa souffrance, son bonheur, ou son demi-bonheur…

  9. Bonne remarque ! Juste un truc, c’est pas lâche de détester souffrir… Heureusement ! On peut souffrir quand on a pas le choix, mais souffrir alors qu’on peut être heureux c’est sado-mazo… Mais suis bien placée pour savoir que rien est simple !

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